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BY ART
Il arrive parfois qu’on soit surpris en bien. C’est rare, mais ça arrive.
C’est à peu près ce qui m’est arrivé entre Châtelet et Montparnasse il y a quelques jours quand je suis tombée sur la dernière chronique de Yann Moix dans le Figaro Littéraire. Je ne lis jamais le Figaro Littéraire, espèce de double page anti-pratique affublée d’un bandeau violet et dont les titres d’articles qui se veulent eux aussi littéraires me font en général fuir (genre « Eurydice au parloir », ou encore « Vieille fille riche cherche mari »…). Mais bon…là j’avais deux places de métro pour moi toute seule donc la possibilité d’étaler la feuille de chou géant en question, pas grand-chose d’autre à faire, et surtout j’ai vu ce petit encart de Yann Moix qui parle d’Etty Hillesum.
La surprise c’est d’abord Yann Moix. Le type commence par écrire un roman « pornographique provocateur » justement surnommé Partouz (genre de prostitution littéraire, passage obligé de tout écrivain pas trop vieux qui, pour percer, n’a pas d’autre choix que de gagner à coup le sésame d’ « enfant terrible de la littérature »). Puis il enchaîne dans Podium avec une histoire assez bien vue d’un sosie de Claude François qui tente de ressusciter le mythe pour en arriver on ne sait trop comment (l’opération du Saint-Esprit je pense) à écrire une biographie d’Edith Stein.
L’autre surprise, c’est qu’il en vient à commenter pour le Figaro Littéraire la sortie de l’édition intégrale des écrits d’Etty Hillesum, alors même que les Lettres de Westerbork dont j’avais déjà parlé à l’époque où j’écrivais régulièrement des choses sur ce blog (!), étaient passées relativement inaperçues à leur sortie.
Voici donc la substantifique Mo(ix)elle de cet article :
« [….] Etty Hillesum fait partie de ces très rares génies qui font comprendre que si Dieu est unique, c'est parce que chacun de nous est unique. Là réside le vertigineux mystère de la divinité : c'est dans sa diversité que Dieu est un. Le polythéisme, c'était une multitude de dieux qui finissent par se ressembler ; le monothéisme, c'est un seul Dieu qui ne se ressemble jamais. Mais c'est bien plus que cela : c'est affirmer qu'il n'y a que Dieu. Que rien n'est réel qui ne s'appelle Dieu. Il y a Dieu d'un côté, qu'on peut nommer également « réalité réelle » ou « vérité vraie » ou « monde dévoilé », et de l'autre, le monde « actuel » où nous vivons, bougeons, skions, achetons, courons, qu'on peut désigner par « réalité fictive », « mirage » ou « imagination ».
S'il n'y avait qu'un message à retenir d'Etty, ce serait celui-ci : la vie intérieure n'a aucun complexe d'infériorité à avoir face à la vie extérieure, qui trop souvent confond le monde et la mondanité. Elle le dit un milliard de fois mieux que moi. Car ce qui fascine chez Etty, quand on découvre ses cahiers, ce sont les fulgurances, toutes inouïes.
Ainsi, la phrase qui suit est sans doute une des plus belles et des plus puissantes de toute la littérature mondiale : « Il y a en moi un puits très profond. Et dans ce puits, il y a Dieu. Parfois, je parviens à l'atteindre. Mais plus souvent, des pierres et des gravats obstruent ce puits, et Dieu est enseveli. Alors il faut le remettre au jour. Il y a des gens, je suppose, qui prient les yeux levés vers le ciel. Ceux-là cherchent Dieu en dehors d'eux. »
Sans l'appareil philosophique d'Edith Stein, sans la transe épiphanique de sainte Thérèse de Lisieux (même si, comme elles, elle entend réaliser de « grandes choses »), sans la puissance intellectuelle de Simone Weil, la jeune Etty Hillesum parvient, tiraillée entre des envies de débauche sexuelle et des besoins de retraite dans une cellule, à nous laisser, rédigée sur des coins de table ou sur la pierre des camps, une des œuvres les plus extraordinaires du XXe siècle. Elle est mal dans sa peau. Elle trouve nul tout ce qu'elle écrit. Le soir, elle reprise ses bas. Elle ne rêve que de s'oublier elle-même, de « suivre son propre chemin », ce que personne ne fait jamais. Son ambition première est l'abandon. On pleure en la lisant. On dirait de la lumière qui parle. »
Se balader dans les bâtiments désaffectés d’un ancien hôpital, c’est un peu comme se promener sur un ancien champ de bataille. Chaque pièce porte encore le poids des morts et des blessés mais on ressent aussi la bravoure de ceux qui ont combattu quotidiennement les rhumes, les cancers, les arcades sourcilières éclatées sur le coin de la table du salon, les infarctus du myocarde. Les armes jonchent encore le sol, scalpels, cathéters, ordonnances…et l’odeur qui plane sur tout ça ne doit pas être très éloignée de celle de la poudre.
Point de trace de sang cependant ( les traces rouges sur le sol, c’est juste un choix de couleur du lino), mais partout, des traces d’attachement qu’on laissées en partant les gens qui ont travaillé dans l’hôpital. Des dessins, des petits mots fixés sur des plaques de lièges qui sont restées bizarrement accrochées aux murs alors que tout le reste a été consciencieusement déboulonné, des carreaux détachés pour garder un souvenir, des bouteilles de champagnes vides et poussiéreuses.
Petit aperçu de l’ambiance, en image et en texte.
Salle d'op numéro 1
Tom & Jerry ont apparement loupé le camion de déménagement
Vue sur la ville depuis l'hélistation
Un témoignage anonyme récupéré sur cette fameuse planche de liège de la cantine :
« Pendules : je vous regretterai
De l’hôpital où j’exerce depuis 1979, ce qui me sera le plus difficile à quitter ce sont…les
pendules !!!
En effet, tous les instruments de mesures
horaires pendules et horloges ont ici la particularité d’indiquer une heure différente. L’heure universelle n’existe pas. A croire que les horloges ont une autonomie propre, et une volonté de
plaire ou de nuire selon leur bon vouloir. Il y a les pendules de départ, les pendules d’arrivées, les horloges rapides, les lentes, les zélées, les fainéantes. La mise en place d’horloges
digitales n’a rien changé à la chose, elles ont suivi l’exemple de leurs camarades à aiguilles. Dissipées, in-réglables, désordonnées. Mêmes les pointeuses y vont de leur originalité. A croire
que l’endroit est magnétisé. Les seules pendules à donner l’heure exacte sont celles qui sont en panne (relativement nombreuses) et dont les aiguilles restent immobiles. Deux fois par 24 heures,
elles indiquent l’horaire exact, pendant une minute. Encore faut-il se trouver là au bon moment, ce qui crée des embouteillages devant certaines pendules, chacun voulant « être là » au
bon moment…Après, la fuite du temps reprend, inexorable et il faudra attendre à nouveau 12 heures pour jouir de l’heure juste.
L’impossibilité technique d’obtenir une heure commune à tout l’établissement a transformé ces 29 années de travail en un perpétuel et agréable voyage autour du globe terrestre selon les fuseaux
horaires rencontrés. En fonction des étages ou des services traversés, selon l’heure indiquée, rapportée à la longitude correspondante c’est en Indonésie que je me trouve lorsque je suis en
chirurgie viscérale, puis la maternité m’accueille aux Etats-Unis, la Bolivie, L’Afrique australe, la Norvège sont mes nouvelles destinations. Je change de méridien comme je change d’étage, et le
bon vieux Greenwich ne fait référence qu’au self et à la pharmacie. Si Jules Vernes avait été brancardier à Annecy, il aurait sans doute écrit « le tour du Monde en 80
minutes ». »
Comme promis dans un article du 20 octobre 2006 que vous pouvez lire ici, Erdogan va gagner.
Aujourd’hui, je crois que la preuve est faite que la Turquie va rentrer dans l’Europe sans même qu’on soit prévenus.
En fait, on peut même dire que la Turquie est déjà quasiment rentrée dans l’Europe parce qu’en ce moment, la Commission Européenne est en train de discuter de problèmes d’harmonisation des lois sur la propriété intellectuelle et sur le droit des sociétés. En musique, quand on en est à la mise en harmonie des instruments, c’est que la composition de l’orchestre a déjà été décidée…Et cette orchestre là risque de jouer bien faux, surtout si on nous débarrasse pas bientôt de l’affreux Erdogan.
Sans parler de l’Euro ou le prochain match va opposer l ‘Allemagne à la Turquie…Si la Turquie gagne, no comment.
Bref, après cette brève digression musicale et sportive, voilà le résumé des faits.
- Le 29 mai, l'Assemblée adopte en première lecture un amendement rendant le référendum obligatoire pour l'entrée dans l'Union européenne de pays représentant plus de 5% de sa population, ce qui concerne tout particulièrement la Turquie. Enfin une initiative courageuse et censée.
- Mais, mais, c’est sans compter sur les humeurs du gouvernement turc représenté par Monsieur Erdogan. Celui-ci se dit « irrité » début juin, de la teneur de ce texte. (Pour info on, se souvient que le même Erdogan avait carrément traité les parlementaires d’incapables lors de l’adoption de la loi sur le génocide arménien. Comme quoi, là, la critique était assez modérée)
- Du coup, le Sénat fait ce qu’il sait faire de mieux : machine arrière. Cette nuit (lundi 23 juin), les sénateurs sont revenus ainsi à la rédaction initiale du texte de la réforme qui supprime l'automaticité d'un référendum pour tout nouvel élargissement introduite dans la Constitution en 2005 par Jacques Chirac, et ce par 297 voix contre 7. De plus, comme si un tel retournement ne suffisait pas, on se confond en excuse et en salamalecs auprès de le Turquie, pays « allié et ami », on en profite pour faire des grands témoignages d’amitié, on vilipende la discrimination notoire dont on fait preuve les parlementaires, bref on rampe une fois de plus au pied du gouvernement turc. Je m’étonne d’ailleurs qu’on ne s’attaque pas nous même en justice pour discrimination à l’adhésion, ou que le Sénat ne défile pas dans la rue avec des pancartes « touche pas à mon pote ».
- Résultat des courses : La Turquie pourra entrer dans l’Europe avec seulement 3/5 de votes favorables au Congrès des parlementaires. Yala !
Ce que j’en pense c’est que :
- La fracture entre les peuples et les élites européennes n’est pas prête de se refermer. Les peuples ne veulent pas du Traité de Lisbonne, et bien les peuples ne comprennent rien et ils auront quand même le Traité de Lisbonne qui entre temps aura été vaguement relifté pour permettre de faire revoter les peuples (peut-être d’ailleurs qu’en signe d’amitié, d’amour et de solidarité, ainsi que de tolérance, de non-discrimination, de gentillesse à l’égard du prochain et de fraternité, le prochain Traité s’appelera-t-il le « Traité d’Ankara »). Les peuples ne veulent pas de la Turquie et élisent Monsieur Sarkozy justement parce qu’il promet un référendum vu comme la seule barrière possible à l’invasion de la Turquie, et bien dommage pour le peuple, on change la Constitution pour que la Turquie puisse rentrer plus facilement.
- Comme avec la Chine, la politique étrangère de la France est basée sur une diplomatie de la faiblesse. Or une telle diplomatie ne permet pas un équilibre entre les pays.
- Vue les évolutions démographiques, si elle intégrait l’Europe, la Turquie y pèserait plus lourd que la France. Je suis peut-être obtus mais j’aime moyennement ça.
- Sans avoir le temps de dire ouf, on va avoir l’Iran à notre porte, et il ne faudra pas aller pleurer quand ils auront fini de préparer leur « bombe-atomique-qu’ils-nomment-de-facon- humouristique-nucléaire-civil ». Et quand la Turquie s’en prendra à l’Irak comme c’est déjà le cas, et que l’Iran ira défendre l’Irak pour étendre son empire, et bien la bombe atomique, c’est sur l’Europe qu’elle atterrira. Bienvenue dans la nouvelle guerre froide.
- Je me demande à quoi sert l’Union Méditerranéenne, si justement les pays du bord de la Méditerranée sont intégrés à l’Europe. Pourtant on pourrait appliquer un principe de bon sens : les pays d’Europe dans l’UE et les pays du bord de la Méditerranée, dans l’union Méditerranéenne.
Conclusion :
- Tous mes espoirs reposent donc maintenant dans la possible interdiction de l’AKP (le parti d’Erdogan, majoritaire au Parlement) suite à un procédure lancée par la Court Suprême pour anticonstitutionnelle.
Nous sommes jeunes…
Nous sommes qualifiés (bac + 5, 6, 7, 8...)…
La pression démographique fait de nous autres jeunes gens ayant moins de quarante ans, une richesse rare, donc chère…
Le chômage ce ne sera clairement pas pour nous….
Nous sommes destinés à devenir des JCD (Jeunes Cadres Dynamiques) et à vivre sans problèmes financiers…
Alors heureux ?
Et bien non. Enfin, là je parle pour la gente féminine puisque après de récentes discussions avec une bande de littéraires ratées (il n’y avait que des filles), moi-même étant une commerciale ratée, voilà le problème :
1)
On n’a pas envie de devenir cadre dans une société du CAC 40. On ne veut pas être noyées dans la masse des salariés d’une grosse boîte.
2) On veut des responsabilités. Finis les dictateurs qui nous servent de boss pendant nos stages et qui nous prennent pour des machines à café.
Pourtant, on n’est pas carriériste (trop fatiguant) et on n’a pas les dents qui rayent le plancher (c’est bon ni pour les dents ni pour le plancher), et on en a marre de la compétition usante entre collègues (surtout quand on bosse avec d’autres filles).
Pourtant on ne veut pas travailler jusqu’à des heures indécentes, être boutonneuses et cernées,
désagréables, anorexiques, cocaïnomanes, toxicomanes, caféinomanes, maniacodépressives,
insomniaques…
3) On rêve régulièrement d’être boulangère, infirmière, voire pompière, bref de faire n’importe quel métier dans lequel on ne se sert pas exclusivement de son cerveau et dans lequel on puisse être en contact direct avec les gens.
Pourtant au fond on est des intellos et on veut continuer à se prendre le chou sur des problèmes sans fond.
Alors comme ce blog cherche à être constructif (si, si je vous jure) voici des solutions adaptées à la personnalité de chacun pour envisager des lendemains qui chantonnent…
Pour ceux/celles qui se sentent une âme de martyr et sacrifient volontiers leur vie à la cause.
Accessoirement pour ceux/celles qui sont quand même un tout petit peu, à peine à peine, carriéristes.
Bosser comme une tarée, être boutonneuse et cernée, désagréable, anorexique, cocaïnomane, toxicomane, caféinomanes, maniacodépressive, insomniaque…accéder au pouvoir suprême, s’installer à la présidence et de là faire changer les choses, notamment instaurer le droit de travailler assis par terre en tailleur si c’est comme cela qu’on est le plus efficace, inciter à la « power nap » de 20 minutes entre midi et deux…Bref, tout ce qui pourrait nous donner envie d’être salarié.
Pour les petits génies, ou simplement les gens un brin débrouillards
Créer une entreprise, ce qui nécessite soit d’avoir une idée de génie, soit d'investir un secteur porteur après une sérieuse étude de marché.
Ensuite, à nous la liberté. On a des responsabilités, mais on peut travailler dans une ambiance décontractée. Si on galère, au moins on galère avec des associés qu’on aura choisit et non pas des inconnus imposés, qu’on ne peut plus encadrer au bout de trois mois et qui guettent avec impatience le moment où on se prendra les pieds dans le tapis.
Ici le BPI (Business Plan Illustré) de « La vache crêpière », ou un bon exemple d’idée de génie.
Enfin, pour ceux/celles qui auront poussé la logique jusqu’au bout et qui se sentent une vocation d’ermite.
Se reconvertir dans un secteur d’activité différant totalement du secteur d’origine. C’est tout-à-fait possible même s’il faut passer par la case « purgatoire » c’est-à-dire un an en CDI (juste le temps d’avoir envie de partir finalement). La solution : le CIF à ne pas confondre avec le détartrant du même nom. Le CIF donc, congé individuel de formation, « s’adresse aux salariés en CDI, qui travaillent depuis au moins un an dans la même entreprise. Si c’est votre cas, vous pouvez prendre un congé d’un an maximum pour un stage à temps plein, et un congé d’une durée de 1 200 heures pour un stage de formation à temps partiel. Selon votre rémunération, vous continuerez à percevoir entre 80 à 100 % de votre salaire pendant toute la durée du CIF. »
En gros, vous faites une formation d’un an, gratos, et en plus vous continuez à être payé.
C’est ainsi que le cadre sup. se change en un an en un ébéniste, un cuisinier, un peintre…
ici, l’exemple le plus extrêêêême : la reconversion en berger.
Bien sûr, les trois catégories évoquées se recoupent et s’additionnent pour que chacun trouve le job qui lui convienne.
D’ailleurs, le top c’est de cumuler les trois cas de figures en partant du dernier :
Se reconvertir dans un secteur manuel porteur, créer sa boîte pour avoir des responsabilités et travailler assis en tailleur, faire un tabac, accéder au pouvoir suprême, s’installer à la Présidence et faire changer les choses...
Qu'en pensez-vous