Jeudi 27 mars 2008 4 27 /03 /Mars /2008 10:15

On a d’abord cru que les sabotages de radars étaient une réaction d’automobilistes excédés qui prenaient un malin plaisir à détruire l’objet de toutes leurs contraventions. D’ailleurs qui n’a pas eu envie de saccager un radar après avoir perdu trois points et la moitié de sa fortune pour avoir roulé à 131 km/h au lieu de 130 ?

On a d’abord cru à un mouvement de désobéissance civile, un peu comme ceux qui arrachent des plants d’OGM, détruisent les panneaux publicitaires, libèrent les lapins enfermés dans les labos…Bref un mouvement qui essayait de résoudre de manière directe le problème du pouvoir d’achat.

Et voilà qu’on apprend que, après huit et presque dix attentats contre des radars, ces énergumènes sont surveillés de près par la SDAT (sous-direction de l’antiterrorisme).

Et voilà surtout qu’on apprend que ces énergumènes ne sont pas simplement des automobilistes excédés, mais qu’ils constituent la FNAR, Fraction Nationaliste Armée Révolutionnaire. En bref ce sont des automobilistes excédés, doublés de révolutionnaires possédant des AK-47.

Voici l’intégralité du communiqué qu’ils ont adressé à plusieurs reprises au Ministère de l’Intérieur avant de l’envoyer à Paris Match.

 

« FRACTION NATIONALISTE ARMEE REVOLUTIONNAIRE

Pourquoi faisons-nous sauter les radars ?

Tout d’abord, nous tenons à dire que nous assumons entièrement nos actes et la qualification de « terroristes », nous ne la considérons pas comme péjorative (un terroriste devenu chef d’état, pour ne pas citer, a bien été accueillis en grande pompe à l’Elysée). Dans certains cas, cette forme de lutte est tout à fait justifiable ; car quand un gouvernement met tout en œuvre pour ruiner culturellement et économiquement un peuple qui l’a élu, berné par de fausses promesses, la rébellion n’est plus un droit mais un devoir. Nous avons donc commencé notre guérilla en choisissant pour cible ces radars automatiques, symboles d’une répression forcenée, qui n’ont pour but que de remplir les caisses de l’état, installés par une fallacieuse politique de sécurité routière. Malgré les huit destructions par explosifs et les deux manquées, le gouvernement ne nous a pas pris au sérieux et, de ce fait, nous serons contraint de choisir des cibles plus dangereuses pour les personnes et d’utiliser des appareils aux capacités plus vulnérantes. Notre actuelle motivation principale n’est pas, comme beaucoup le pensent, la remise d’une rançon mais une baisse conséquente de la fiscalité, qui pourrait rehausser le maigre pouvoir d’achat des Français. Nous avons effectivement imposé au gouvernement le paiement d’un impôt révolutionnaire de quatre millions d’euros (la parodie de l’arroseur arrosé – ou du racketteur racketté) mais le but de notre combat n’est en rien mercantile. Tant que nos politiciens continueront de répartir notre patrimoine économique de manière inadéquate, de piller les classes travailleuses, de permettre aux grands groupes industrielles de délocaliser (ruinant par cela des régions entières), tant que nous ne constaterons pas une amélioration perceptible de la qualité de vie des Français, nous continuerons notre combat.

Voici l’énumération de nos principales revendications :

-         la suppression des radars automatiques, moins de répression envers les automobilistes et un véritable programme politique de responsabilisation des conducteurs.

-         Une baisse progressive et perceptible de l’ensemble de la fiscalité (impôts sur le revenu et locaux, taxes sur le carburant, etc…il n’y a que l’embarras du choix).

-         Un contrôle étatique sur le prix des produits de première nécessité et sur les loyers.

-         Le pouvoir du gouvernement sur le patronat et non pas l’inverse comme cela l’est actuellement ainsi qu’une obligation de transparence sur la santé financière des grands groupes industrielles.

-         L’arrêt totale de l’immigration et le renvoi de tout les clandestins (nous ne sommes pas racistes mais nous pensons que la France doit conserver celte et gréco-romaine ainsi que sa prédominance religieuse chrétienne). Nous ajoutons à cela que les résidants des départements et territoires d’outre-mer sont français à part entière et que la couleur de la peau est sans importance.

-         Un grand programme de relancement de la natalité française.

Le 07/03/2008

R. Le commanditaire de la FNAR »

 

Toutes les fautes d’orthographe sont d’origine.

 

Voilà donc le genre de discours que peut pondre l’automobiliste excédé, nationaliste, révolutionnaire et équipé d’explosif. Un discours tellement embrouillé que les enquêteurs de la SDAT ont du mal à savoir s’il s’agit d’un groupe d’extrême gauche ou d’extrême droite. D’après ses revendications, son nom et même son logo, la FNAR pourrait vraisemblablement appartenir au mouvement nationaliste révolutionnaire, mouvement lui-même assez dur à cerner. Pour leurs détracteurs, les nationalistes révolutionnaires sont affiliés au FN, mais les militants eux-mêmes se positionnent plutôt à l’extrême gauche. En fait, s’il est si dur d’appréhender cette mouvance selon des schémas classiques, c’est que les nationalistes révolutionnaires prônent une troisième voie (Bayrou si tu nous lis) ou « tercérisme », alliant une vision nationaliste et socialisante de la société. Ils ne sont pas à proprement raciste, comme ils cherchent à le prouver avec l’argument super sioux des DOM-TOM, mais plutôt différentialistes. Le but ultime des NR est de créer un grand empire européen socialiste, ni libéral, ni communiste, qui respecterait les différences culturelles et chercherait à les préserver.

Leurs personnalités de référence sont Joseph Proudhon (« la propriété c’est le vol »), Juan Perón (ancien président argentin et fondateur du parti justicialiste dont est ici l’actuelle présidente, Cristina Kirchner), Otto Strasser (aile gauche du nazisme à qui l’on doit cette formidable citation : « Nous prendrons à droite le nationalisme sans le capitalisme auquel il est en général lié et à gauche le socialisme sans l'internationalisme marxiste qui est un leurre (...) Le national-socialisme devra être surtout un socialisme. »).

 Tout est dit.

En faisant le rapprochement avec le nationalisme révolutionnaire, on comprend mieux les déclarations apparemment contradictoires de la FNAR, allant de la volonté de préserver les racines chrétiennes et celtes du pays, à celle de contrôler les prix et le patronat.

 

Bref, espérons que la seule kalachnikov que possède la FNAR est celle qui orne leur logo. FNAR.JPG

Par laurence - Publié dans : pourquoi, mais pourquoi?...
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Vendredi 21 mars 2008 5 21 /03 /Mars /2008 22:02

Il existe une course parallèle à la course à la Maison Blanche : la course aux bourdes et aux soutiens encombrants. Et chaque parti a ses champions en la matière.

 

Dans le camp d’Hillary Clinton, on tient un champion toutes catégories en la personne d’Eliot Spitzer. Le gouverneur de New-York (qui a démissionné depuis) et soutien de l’ancienne Première Dame, était présenté comme le « Monsieur Propre » de l’Amérique, celui qui pourchassait les fraudes financières de grandes banques. Et voilà que « Monsieur Propre » n’est pas si propre puisque lui-même s’est fait épinglé dans un vilain scandale de prostitution organisée. Evidemment, comme tout bon américain qui se respecte, il est désolé, il dit qu’il va se faire soigner et q"qu'il ressentira du remord jusqu'à la fin de sa vie". (Il a pris des cours avec Bill Clinton on dirait).

Toujours chez Clinton, mais en deuxième position, on trouve Gerry Ferraro, membre de l’équipe Clinton, qui déclare que : « Si Obama était une femme blanche, il ne serait même plus en course ». Au moins ça aura permis de relancer le débat sur le racisme aux Etats-Unis, mais la pauvre ne fait désormais plus partie de l’équipe.

 

Chez Obama, on n’est pas non plus en reste.

Ainsi Samantha Power, pourtant relativement intelligente et diplômée d’Harvard, qualifie-t-elle Hillary de monstre. Même scénario, plates excuses et démission.

Dans le rôle du soutien border line, c’est Jeremiah Wright, pasteur de la Trinity United Church of Christ de Chicago, paroisse de Barack, qui envoie des slogans relativement peu politiquement corrects.

« The government gives them the drugs, builds bigger prisons, passes a three-strike law and then wants us to sing 'God Bless America.' No, no, no, God damn America, that's in the Bible for killing innocent people. God damn America for treating our citizens as less than human. God damn America for as long as she acts like she is God and she is supreme.”(1)

C’est toujours le même qui répond à Gerry Ferraro en disant que “Hillary ne s’est jamais fait traitée de noire”. Certes.

 

Bref, belle foire d’empoigne chez les démocrates, alors même que toute parole compte, est interprétée et sur interprétée par l’adversaire. On ne sait d’ailleurs jamais trop si ces gaffes ne sont pas « commandées » par les deux candidats pour exprimer haut et fort ce que beaucoup de leurs électeurs pensent tout bas.

 

Les républicains, même si leur candidat est déjà choisi, ne sont pas à l’abri des faux-pas.

Amis catholiques, je sais que vous adorez Mc Cain parce qu’il est résolument anti-avortement, anti-mariage homosexuel, mais il est quand même bon de savoir qu’un soutien de celui-ci, John Hagee, pasteur évangélique de l’Eglise de San Antonio a qualifié l’Eglise catholique de « great whore »(2), ni plus ni moins, et a décrété que les catholiques étaient des apostats. Bien sûr, ces mots n’engagent que celui qui les prononce, et d’ailleurs Mc Cain l’a dit lui-même : "It's simply not accurate to say that because someone endorses me that I therefore embrace their views »(3).  Mais tout de même.

Avec Rod Parsley, espèce de grand dingue évangélique aussi, qui a sa propre émission de télé et passe ses journées à haranguer les foules qui répètent ses mantras, ce sont cette fois les musulmans qui en prennent pour leur grade. Evidemment, selon lui, ils sont tous terroristes, et évidemment il faut prendre les armes et refaire la Croisade. Et en bon oracle, il prédit même qu’il se peut que nous ayons déjà perdu cette bataille. Il faut savoir que cet excité appartient au courant du « dominionisme », qui consiste à infiltrer progressivement toutes les sphères de l’Etat et à terme, remplacer la Constitution par la loi de la Bible (on ne sait pas trop si ce sont les dix commandements ou l’œil pour œil, dent pour dent…)

On sent bien que Mc Cain essaye par tous les moyens de récupérer l’électorat de Mike Huckabee, pasteur évangélique qui a créé la surprise lors des primaires en récoltant pas mal de voix. Car c’est ce même électorat qui avait largement participé à l’élection de Bush.

Mais si Mc Cain veut aussi séduire certains démocrates, il ferrait bien de garder son petit côté « maverick »(4) qui fait qu’il n’auront pas peur d’élire un nouveau Bush.


(1) "Le gouvernement leur donne de la drogue, construit des prisons plus grosses et adopte la loi "three-strike" et après il veut que nous chantions "Dieu bénisse l'Amérique". Non, non, non, Dieu maudisse l'Amérique. C'est le châtiment que préconise l'Eglise pour le meutre d'innocents. Dieu maudisse l'Amérique parce qu'elle traite les citoyens comme des moins que rien. Dieu maudisse l'Amérique tant qu'elle se prend pour Dieu."

"Three-strike law", relativement intraduisible. Fait référence au base-ball et aux strikes, c'est à dire aux tirs du batteur. Au bout de trois tirs ratés, le batteur est automatiquement éliminé. La loi "three-strike" prévoit qu'au bout de trois crimes, le criminel soit automatiquement condamné à l'emprisonnement à vie.

(2)Correspond à ce que Molière aurait appelé une fille de joie.

(3) C'est pas moi qui l'a dit c'est pas moi qui l'est.Littéralement: "Ce n'est pas juste de dire que je suis forcément d'accord avec les opinions exprimés par ceux qui me soutiennent"

(4)Rebelle par rapport au courant de pensée dominant chez les républicains. Hé oui, Mc Cain le vétéran passe pour un rebelle dans son propre camp...

Par laurence - Publié dans : politique
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Jeudi 20 mars 2008 4 20 /03 /Mars /2008 10:05

« En langage d'aujourd'hui, Carquefou se dit plutôt " Coeur Vert et Matière Grise ". Tout ici respire la vie...et la présence humaine. Carquefou est une petite ville européenne typiquement française, pleine de charme, de douceur, d'équilibre et de dynamisme.(1)

Bien moins nombreux que ceux de Seynod, les habitants de Carquefou sont néanmoins fiers de leur bourgade. A l’instar des Seynodiens qui regardent le Seynodmag, les Carquefoliens peuvent télécharger le Carquefoumag sur le site internet de leur commune.

 

Mais ce soir, je ne comprends pas vraiment pourquoi, tout le monde parle de Carquefou. Quand je dis tout le monde, ça ne veut pas dire qu’on en parle dans toute la Loire-Atlantique. Non, on en parle sur RMC, France info, Europe 1, RTL, BFM, BFM TV, Soir 3… Mais que s’est-il donc passé à Carquefou ? Un tueur en série ? Un tremblement de terre ? Des dinosaures à Carquefou ? Des communistes à Carquefou ?

Je ne comprends pas, j’écoute RMC info et j’entends la fleuriste de Carquefou qui appelle le standard, le coiffeur de Carquefou, le facteur, le cantonnier, Carquefou bouge, Carquefou vend du rêve, Carquefou à la rescousse, le retour de Carquefou !!!

 

Ca y est, je comprends, l’explication est ici ! Assez incroyable. Oui, je sais, ce n’est que du foot, mais pour ceux qui sont de la Loire Atlantique (Joseph, t’en peux plus ?), Carquefou qui bat l’OM, c’est exactement comme si Seynod avait battu l’OL. Ca vous parle déjà plus les savoyards non ?

 

J’explique pour ceux qui ne parlent pas foot : je suppose que vous avez tous entendu parlé de Jérôme Kerviel, ce trader fou de la Société Géniale dont le travail (pour faire bref) consiste à appuyer sur la bonne touche de son clavier d’ordinateur au bon moment. Ce mec est célèbre parce qu’il a réussi à faire sauter la banque sans même se mettre un euro dans la poche. (Alors que lui, contrairement aux frères Dalton, était à l’intérieur et avait toutes les clés, quel gros boulet… sorti tout droit de Lyon 2, lui…)

 

Bon, et bien Djibril Cissé, c’est un peu comme Kerviel, sauf qu’il est payé pour courir après un ballon et le mettre dans une grande boîte avec ses pieds. Djibril court très vite et est payé très cher. Vous vous dites que vu son salaire, il doit certainement être très adroit pour mettre son pied au bon endroit au bon moment. Et bien non, la preuve (Même en chaussures de ski je la mets celle-là ! Je suis même prêt à la tenter avec des palmes). Qu’est ce qui passe par la tête de notre ami Djibril quand il se retrouve seul devant le gardien de but de Carquefou ? « Pied droit, pied gauche, mince qu’est que je fais, aïe, ça va trop vite, je n’ai plus le temps de réfléchir il faut que je tire, vite, ok, je sais que même du pied droit je ne suis pas habile alors j’y vais, je tire du droit, mince, c’est où la droite, la maîtresse me dit que la gauche, c’est la main avec laquelle je n’écris pas. Donc la droite, c’est celle avec laquelle j’écris, donc le pied qui est du même côté que la main avec laquelle j’écris est celui avec lequel il faut que je tire. Bon finalement, je ne sais pas trop avec quelle jambe j’ai tiré, ce qui est sûr, c’est que je n’ai pas tiré avec le pied mais avec le tibia, et comme je ne suis pas très adroit du tibia, le ballon est parti n’importe où et l’entraîneur n’avait pas l’air très content. Pourtant, je courais vite. »

 

De la bouche d’un marseillais, il paraît que si les clubs français sont nuls dans les grandes compétitions européennes, c’est à cause de la fiscalité française qui fait fuir les bons joueurs à Carquefou, pardon, à l’étranger. Ben s’il y a besoin de Henry et Zizou pour battre Carquefou, on n’est pas sorti de l’auberge !

 

Cyrille



(1)Site internet de la ville de Carquefou

Par Cyrille
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Lundi 10 mars 2008 1 10 /03 /Mars /2008 20:50

Suite à la lecture récente de plusieurs livres sur la Shoah, notamment les insoutenables Bienveillantes , j’en suis venue à réfléchir sur la problématique qui m’intrigue (et m’inquiète) le plus, celle du hasard ou plutôt de l’absence de lien entre culpabilité et châtiment dans la déportation et l’extermination des juifs.

La troisième génération d’écrivains juifs cherche d’ailleurs encore à comprendre, à travers le récit des épreuves des deux générations précédentes, pourquoi, pourquoi la foudre s’est soudain abattue sur un peuple qui n’avait rien demandé à personne.

 

Ce hasard de l’extermination (à travers lequel cependant rien n’est laissé au hasard sauf la donnée humaine) est ce qui me semble la caractéristique la plus perverse de cette sombre époque. Comment survit-on, en effet dans un camp où la mort est aléatoire, où aucune attitude (même abjecte) ne garantie la survie, où chaque jour écoule son quota de morts piochés dans la masse d’un peuple ? N’est-on pas obligé de vivre dans la peur permanente de la mort et, par là, d’être déjà plus mort que vif ?

 

La meilleure réponse que j’ai trouvée repose dans Une vie bouleversée suivi de Lettres de Westerbork, le journal d’Etty Hillesum. Etty Hillesum a 25 ans quand commence la Seconde Guerre Mondiale, elle est intelligente, relativement lunatique enchaînant grands moments d’illuminations à la lecture de Rilke ou de Dostoïevski et ceux d’intense désespoir, mène une vie relativement décousue, croyante mais pas pratiquante, elle est juive. De 1941 à 1943, elle écrit un journal puis, suite à son départ au camp de Westerbork (Hollande), de nombreuses lettres à ses amis.

 

Lorsque les déportations massives commencèrent en Hollande en juillet 1942, le Conseil juif recruta pour la forme un grand nombre de nouveaux employés, fournissant ainsi une protection (toute temporaire) aux heureux élus. Etty ayant des amis au Conseil, y fut recrutée, mais, détestant sa position de privilégiée, Etty demanda aussitôt son transfert lorsque le Conseil décida de détacher une partie de son personnel au camp de Westerbork pour y assurer un service d’ « aide sociale aux populations en transit ». C’est donc en tant que fonctionnaire et non de déportée qu’elle arrive au camp de Westerbork, sorte de camp de transit regroupant les juifs de Hollande avant de les envoyer « travailler » en Pologne ou en Allemagne, mais c’est en tant qu’anonyme numéro parmi la masse des juifs qu’elle sera elle aussi déportée et mourra à Auschwitz.

 

Etty voit donc défiler pendant un an les trains de marchandises emmenant chaque semaine  vers les camps d’extermination un millier de ses compatriotes piochés presque au hasard à Westerbork, avant de faire partie elle-même d’un de ces convois. Elle a tout le loisir de réfléchir à l’absurdité et à l’atrocité de la situation, d’autant que ses propres parents transiteront par le camp et que, n’ayant pas à subir l’incertitude de la « liste du convoi » elle-même (elle est fonctionnaire du camp), elle la subira de plein fouet pour sa famille.

 

Dans le camp où la plupart de ses compatriotes passent leur temps à mourir par anticipation en attendant l’appel final, elle décide de vivre pleinement, elle choisi non pas de diminuer sa vie en attendant la mort, mais bien d’augmenter sa vie intérieure, attitude permise il me semble parce qu’elle a, au cours des trois années où elle rédige son journal puis ses lettres, découvert de manière intime, la présence de Dieu.

 

Attendant son départ pour Westerbork, et assistant à la déportation de nombreux amis, voici ce qu’elle écrit :

« Je vis chaque jour avec la conscience des terribles possibilités qui peuvent se réaliser à tout moment pour ma petite personne, et sont déjà devenus la réalité d’un grand, d’un trop grand nombre de gens. […] La valeur humaine présente ou non en moi ressortira de mon comportement dans cette situation entièrement nouvelle. Même si je n’y survis pas, ma façon de mourir apportera une réponse au « qui suis-je ?». Il n’est plus temps de se maintenir coûte que coûte en dehors d’une situation donnée, il s’agit plutôt de savoir comment on réagit à une toute nouvelle situation, comment on continue à vivre. Ce qu’il est juste que je fasse, je le ferais. »

 

Une fois dans le camp, ayant vu défiler les convois de la mort, ayant crus chaque jour qu’elle avait vu le pire et se trompant chaque jour, elle réitère :

«  Si nous ne sauvons des camps que notre peau et rien d’autre, ce sera trop peu. Ce qui importe, en effet, ce n’est pas de rester en vie coûte que coûte, mais comment l’on reste en vie. Il me semble parfois que toute situation nouvelle, qu’elle soit meilleure ou pire, comporte en soi la possibilité d’enrichir l’homme de nouvelles intuitions. Et si nous abandonnons à la décision du sort les dures réalités auxquelles nous sommes irrévocablement confrontés, si nous ne leur offrons pas dans nos têtes et dans nos cœurs un abri pour les y laisser décanter et se muer en facteur de mûrissement, en substances d’où nous puissions extraire une signification, - cela signifie que notre génération n’est pas armée pour la vie.

Je sais, ce n’est pas si simple, et pour nous, juifs, moins encore que pour d’autres, mais si, au dénuement général du monde d’après-guerre, nous n’avons à offrir que nos corps sauvés au sacrifice de tout le reste et non ce nouveau sens jailli des plus profonds abîme de notre détresse et de notre désespoir, ce sera trop peu. De l’enceinte même des camps, de nouvelles pensées devront rayonner vers l’extérieur, de nouvelles intuitions devront répandre la clarté autour d’elles et, par delà nos clôtures de barbelés, rejoindre d’autres intuitions nouvelles que l’on aura conquises hors des camps au prix d’autant de sang et dans des conditions devenues peu à peu aussi pénibles. Et, sur la base commune d’une recherche sincères de réponses propres à éclaircir le mystère de ces événements, nos vies précipitées hors de leurs cours pourraient peut-être refaire un prudent pas en avant ?

C’est pourquoi cela m’a paru un si grave danger d’entendre répéter constamment autour de moi : « Nous ne voulons pas penser, nous ne voulons pas sentir, le mieux est de nous cuirasser contre toutes détresse. »»

 

Voilà ce qu’avait choisi d’opposer Etty au hasard. Une vie non pas absente de sentiments, ni de pitié, ni de peur, mais un choix du sens à donner à sa mort éventuelle. Pour décrire ce que certains appelleraient une sublimation de l’épreuve (mais je ne crois pas qu’il s’agisse vraiment de cela), on pourrait citer Paula Becker-Moderson (1876-1907), artiste peintre allemande dont les lettres et carnets intimes ont été publiés en 1917 par Sophie Gallwitz :

« Elle avait dans le sang cette grande absence d’exigences face à la vie, qui n’existe qu’en apparence et n’est en réalité rien d’autre que l’expression authentiquement mûrie d’exigence supérieures : le mépris de toute valeur extérieure, qui naît de la sensation inconsciente de sa propre plénitude et d’une félicité intérieure mystérieuse, impossible à élucider totalement. »

 

Face à une situation similaire, je ne sais pas comment j’agirais moi-même, mais je sais désormais comment j’aimerais agir.

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Par laurence - Publié dans : bouquins, ciné, music
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Dimanche 9 mars 2008 7 09 /03 /Mars /2008 21:00

Un nouveau chroniqueur a été récruté pour animer, entre autres, la rubrique sport. Les premières victimes de sa plume acérée sont nos chers amis rubgymen...

Ce soir, les Rugbeux sont à la gueuze, un bar hyper branché où ces amoureux de « l’Ovalie » (il parait que ça fait bien de dire ça) établissent leurs quartiers une fois tous les mois pour passer un peu de bon temps… (autour de deux litres de bière, par personne bien sur. Essayez, c’est déjà dur de boire autant d’eau d’un coup). Il faut dire que demain, il y a amphi de matériaux et que le championnat étant en trêve, il n’y a pas grand-chose à faire dans l’après midi : ils auront donc une journée pour se remettre. Il est déjà 23h00 et j’imagine avec effroi le bruit qu’ils ne vont pas manquer de faire dans le couloir en rentrant vers minuit et demi. Malheur à celui qui n’a pas pensé à fermer sa porte à clé, il va lui arriver des bricoles. Je repense en souriant au vieil adage hérité de nos ennemis anglois : “football is a game for gentlemen played by ruffians and rugby is a game for ruffians played by gentlemen”.

 


Gentlemen, nos rugbeux?? Ca m’étonnerait bien! A moins que vomir partout, réveiller la résidence, montrer son fondement et exposer à tout venant l’organe qui fait sa fierté fasse partie des attributs du parfait petit gentleman. Et pensons aux maniaco-dépressifs qui commentent les matchs pour la télé (je vous assure que pour avoir l’accent qu’ils ont, il faut être maniaco-dépressif. Prévenez moi si vous croisez quelqu’un qui a un accent comme ça dans la vraie vie), aux libidineux athlètes du Stade Français vêtus de leurs   maillots roses et moulants, aux fameux Dieux du Stade (l’auteur, dans un geste sportif, ne s’attardera pas sur cet étalage de chair mis à la disposition d’un public avide de sensations fortes, toute attaque serait vraiment trop facile…). Quant à Chabal, l’idole des jeunes, la seule fois où il entrera dans la Haute, ce sera empaillé avec un petit écriteau en laiton indiquant « abattu au domaine de Trucchouette le 14/02/2009 ». Je vous assure que les rugbeux sont tout sauf des gentlemen, qu’on se le dise !

 

Ce n’est pas au foot qu’on verrait un joueur se faire arracher le nez avec les dents en plein match par un adversaire ramené à ses plus primitifs instincts de carnassier assoiffé de sang (ajoutons pour l’anecdote que le joueur, dans un élan de fairplay, a recraché le nez incriminé. Il arrive en effet que les joueurs avalent des bouts d’oreilles subtilisés à leurs adversaires pour éviter les sanctions). Alors ils me font bien rire les défenseurs d’un rugby « pur » et amateur, qui se retrouvent pour regarder les matchs des VI nations dans un pub hyper authentique (ils ont même un kilt et un maillot de l’équipe de Galles 1973) du quartier latin. Ils n’ont jamais touché un ballon, et se pavanent dans leurs polos Eden Park en roulant des mécaniques. Je ne m’arrêterai pas à des considérations techniques qui pourront faire l’objet d’une prochaine parution.

 

Je pense moi que le rugby est un sport de ruffians joué par des ruffians qui sont fiers d’être des ruffians, alors c’est cool ! 

 

PS : A l’attention de mes futurs détracteurs, j’ai joué 8 matchs de rugby dans ma vie, ça vous en bouche un coin, hein ??

Par Joseph - Publié dans : pourquoi, mais pourquoi?...
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Vendredi 29 février 2008 5 29 /02 /Fév /2008 17:04

Vous ne savez pas ce que c’est (ou bien vous n’osez pas l’imaginer) et bien moi non plus jusqu’à il y a trois jours. Effectivement, le journal de 20h de TF1 proposait un excellent sujet sur cette ingénieuse trouvaille.

Un écuroduc, c’est donc tout simplement une corde (une vieille corde d’escalade par exemple, toute ébahie de trouver là un nouvel usage) tendue entre deux arbres au-dessus d’une route qui permet à nos chers amis les écureuils (d’où la dénomination de ladite corde d’escalade recyclée) de traverser la route sans se faire shooter par un chauffard.

 

Sur France Inter ce matin, ce n’était pas du charmant rongeur dont il était question mais de la rénette, elle aussi en mal de passages piétons. L’émission louait cette fois-ci les mérites de la bâche transformée en grenouilloduc. Le principe est simple : on tend une bâche sur le bord d’une route, on récupère toutes les grenouilles qui s’y attardent et hop on les transporte en toute sécurité de l’autre côté de la route d’où les braves bêtes rejoignent tranquillement l’étang le plus proche pour se reproduire.

 

A certains endroits, on traite le problème en aval. C’est ainsi que lors d’un passage au service de la voirie de ma commune, j’ai appris qu’il n’y aurait jamais de route dans le vallon en bas de chez moi. L’endroit a été transformé en corridor écologique, sorte d’espace naturel préservé pour que les cervidés et autres animaux puissent circuler en paix.

 

En l’occurrence rien à voir mais tout de même. Il n’y a plus de saisons, ça on l’aura compris. Qui dit plus de saisons, dit plus d’hivers. Qui dit plus d’hivers dit plus de neige. Partant de ce raisonnement élémentaire, la station de Saint Pierre de Chartreuse (située à une altitude douloureusement basse en ces temps de réchauffement climatique) met donc à la disposition de ses usagers le skieuroduc, sorte de languette de neige qui permet au skieur de traverser des étendues d’herbe sans risquer de bousiller sa paire de ski.

 

Les temps sont durs je ne vous le fais pas dire, heureusement que des initiatives géniales sont prises pour préserver le moral et la santé de l’écureuil et du skieur.

Par laurence
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Lundi 11 février 2008 1 11 /02 /Fév /2008 16:07

            Il était une fois l’histoire de Nicolas Surdeluy, homme modeste de taille et d’esprit, pas fin mais finaud s’agissant des choses du pouvoir, apprécié chez les dames pour ses attributs, et ses épithètes. Pourtant, il semble que ce portrait proche de la réalité n’ait pas suffit à combler Cruella, son élue d’antan (la deuxième, et non la dernière), qui se fait la malle en plein été, lui imposant une abstinence redoutable en période de grosses chaleurs. Enfin, ne nous dupons pas, Nicolas qui, comme nous l’avons déjà suggéré, ne compte plus ses trophées féminins, ne se sera pas abstenu bien longtemps. On le dit chaud lapin... Mais ce sont ses électeurs qui s’en mordent les doigts, regrettant eux de ne pas s’être abstenu un jour de plus en ce dimanche matin fatal du 22 avril 2007. Passons. Défaits les liens du mariage qui le retenaient prisonnier d’un panier unique aux côtés de sa belle en Dior. Nicolas enfin s’amuse : une tournée aux Etats-Unis chez son ami texan, paré de ses midinettes de ministres Rachida, Rama et autres Christina, une journaliste de la deuxième chaîne qu’il se met dans la poche, et dans la couche, une virée sur le yacht de son copain de l’industrie du papier et un beau jour, au cours de ce dîner mémorable qui restera gravé dans son cœur, Nicolas qu’on croyait froid, insensible, calculateur et carnassier, et dont on espérait le forfait rapide pour cause d’hypertension artérielle -mal nous en a pris-, croise le regard de la belle Carla Rubi, bientôt sa princesse et temporairement, son plan cul. Avec elle il irait n’importe où : Louxor, Madras, Disneyland... Elle lui donne les ailes qui lui manquaient pour éviter les déjections canines du parc de l’Elysée pendant son jogging quotidien. Et, chance pour lui, elle semble lui courir après. Tels deux âmes sœurs -on pourrait presque y croire si on ne connaissait leur passif, impressionnant pour ce qui est de Carla qui s’est quand même tapé Eric Clapton-, tels deux âmes sœurs donc, ils s’affichent inséparables : on les surprend sortant du Bristol, main dans la main, leurs yeux amoureux dissimulés derrière une paire de RayBan, ou en vacances, lui portant sur ses épaules le fils de sa belle, père modèle de la famille recomposée modèle, et elle jouant au pied du Sphinx avec son fils à lui ; échange de bons procédés. Et on en fait tout un plat : oubliée la fameuse visite du colonel mal élevé, à qui on avait expédié Cruella pour récupérer une poignée d’infirmières ; oublié aussi le fiasco de la pseudo-pas-Constitution-européenne-qui-en-fait-en-est-une... Carla lui écrit des SMS pendant le conseil des ministres, il sourit furtivement, elle a sur lui l’effet bienfaiteur de poissons rouges dans un bocal : elle le calme. Ainsi paré de sa grande bringue qui l’oblige à porter des talonnettes, il se sent invulnérable ; et peu importe ce qui peut bien se passer au Tchad ou ailleurs, il se répand en embrassades avec son nouveau beau-père que déjà il adore. Alors, Nicolas et Carla, un conte de fées ? Pourvu que Cruella n’ait pas l’idée d’écrire un bouquin vert d’un côté et rouge de l’autre...

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Par Axelle du Saphyre - Publié dans : pourquoi, mais pourquoi?...
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