Vendredi 20 octobre 2006 5 20 /10 /Oct /2006 09:36

Les réactions de la part du premier ministre turc à la proposition de loi punissant la négation du génocide arménien ne se sont pas fait attendre…

 

 

Lors d'un discours à Edirne, dans le nord-ouest du pays, M. Erdogan s'en est pris à la décision des législateurs français, qui selon lui "ont fait une grave erreur en adoptant une loi primitive". "A cause de certains députés bornés, la France que nous connaissions comme le pays des libertés est obligée de vivre avec cette honte", a-t-il martelé. "Si la France n'annule pas ce texte, c'est elle qui perdra et pas la Turquie", a-t-il ajouté.

 

 

Il faut dire qu’en effet, cette loi est un peu primitive. Depuis 2001, et notamment depuis la loi Taubira légiférant sur [ce qu’elle considérait comme] le début et la fin de l’esclavage en Afrique, les parlementaires français on en effet une fâcheuse tendance à légiférer sur l’histoire.

 

 

Mais loin de ce débat sur l’imposition d’une histoire commune et sur la liberté intellectuelle, est-ce une raison suffisante pour  menacer la France une fois de plus ?

 

 

Le pire c’est que le gouvernement français, au lieu de faire preuve d’un peu de fermeté et d’assumer les décisions de sa propre assemblée se ridiculise d’incohérence. Ainsi notre cher Président s’est-il empressé, à peine la proposition votée, de téléphoner à Erdogan pour se confondre en excuses. Celui-ci affirme que Jacques Chirac a "indiqué qu'il me donnait raison" et qu'"il fera tout ce qu'il peut dans la suite du processus" parlementaire, qui doit voir le texte soumis aux sénateurs, puis aux députés en seconde lecture, avant d'être définitivement adopté.

 

 

Il n’y a pas de doute donc, Erdogan va gagner comme il l’annonce si fièrement.

 

 

Mais gagner quoi ?

 

 

Pour lui, l’intégration dans l’Union Européenne est une lutte sans merci dans laquelle il s’agit de faire le moins de concessions possible et surtout de ne pas modifier son régime. Continuer à nier le génocide arménien alors que sa reconnaissance devait être un préalable à l’entrée de la Turquie dans l’Europe, ratifier le projet de Constitution Européenne alors que son pays n’appartient pas encore à l’UE, hurler au crime de lèse-majesté à chaque fois que quelqu’un ose demander des compte à son pays et bien sûr fustiger la France, encore et toujours, parce que celle-ci a eu le culot  d’envisager un référendum concernant l’entrée de la Turquie dans l’Union, telle est la stratégie d’Erdogan le bulldozer pour forcer son entrée.

 

 

Et çà marche, Erdogan nous fout la trouille et pourrit le débat sur l’entrée de la Turquie dans l’Union. En effet, les citoyens français sont désormais persuadés que l’adhésion de la Turquie ne dépend finalement pas de leur réponse à ce référendum. Le premier ministre turc a fait très fort en considérant cette adhésion comme acquise et en retournant la situation. Ce n’est en effet plus la Turquie qui doit faire un effort pour obtenir son entrée, mais nous qui devons nous allonger à ses pieds dès que des « parlementaires bornés » se permettent de ralentir le processus.

 

 

Et on s’allonge, et la France va perdre, pas la Turquie. 

Par laurence - Publié dans : pourquoi, mais pourquoi?...
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