Requiem pour Rostropovitch
L’homme qui joue du violoncelle au pied du mur de Berlin en 1989 c’est lui. Il a joué les derniers accords de sa vie aujourd’hui à l’âge de 80 ans.
Musicien de génie, il fait ses débuts au Conservatoire de Moscou où il côtoie Simon Kozoloupoff et Chostakovitch. Dès 23 ans, il reçoit le prix Staline, la plus haute distinction musicale de l’Union Soviétique. Il part alors à l’étranger, où il s’illustre comme soliste dans les plus grandes salles de concert. En 1956, il effectue des tournées aux États-Unis et en Grande-Bretagne avec de nombreuses compositions spécialement écrites pour lui : Chostakovitch, Khatchatourian, Britten, Dutilleux, Lutoslawski reconnaissent ainsi en lui l’interprète privilégié de leur musique. En 1955, il épouse une soprano du Bolchoï, Galina Vichnevskaïa. Sa véritable carrière internationale débute réellement en 1964, lors d’un concert donné en Allemagne fédérale. A la faveur de son exil aux Etats-Unis, il développa sa carrière de chef d’orchestre, devenant directeur musical du National Symphony Orchestra de Washington, entre 1977 et 1994.
Mais ce qui fait la renommé de Rostropovitch est son opposition farouche à l’URSS et sa défense de la liberté d’expression. Il est privé de sa nationalité soviétique par Brejnev en 1978 notamment pour son soutien aux dissidents et pour le fait qu’il aurait caché Soljenitsyne pendant quatre ans.
Grand officier de la Légion d’honneur, chevalier de l’Ordre de l’empire britannique, membre de l’Académie des arts et des sciences des États-Unis, de l’Académie royale de Suède, de l’Académie royale de Grande-Bretagne, il est docteur honoris causa de quarante universités parmi les plus prestigieuses du monde (Yale, Princeton, Harvard, Oxford, Cambridge, etc.) ; Rostropovitch avait acquis une notoriété et une autorité qui dépassaient largement sa fonction de musicien.
«Je n'ai jamais eu peur de la mort, dira-t-il, car je sais qu'elle est inévitable, je prends l'avion d'un continent à l'autre et je ne ressens pas la moindre appréhension, mais j'ai toujours peur pour mon violoncelle. En cas d'accident, s'il disparaissait, ce serait une perte inouïe pour le monde.»…